Elles furent pionnières en sciences et en développement Web, ces femmes ont révolutionné l’histoire, celle de l’informatique.

Il nous était impossible de résumer tout ça en quelques lignes, leurs histoires étant passionnantes.

Alors nous avons décidé de lancer une mini-série d’articles, vous contant à tour de rôle, l’histoire de ces figures féminines qui ont changé notre monde.

Vous êtes prêts pour les 3 premières histoires ? Go !

1/ Qui est la première codeuse de l’histoire ? 🙋🏻‍♀️

Ada Lovelace (1815 – 1852)

Si l’on parle de JavaScript, de PHP, ça vous dira sûrement quelque chose. Mais connaissez-vous le langage informatique Ada ? Ce fameux langage de programmation orienté objet, inventé dans les années 80 ? Et si je vous disais que le nom Ada appartenait d’abord à une femme brillante…

Eh oui, ce nom a été repris en l’honneur d’Augusta Ada King qui serait la toute première codeuse de l’histoire.

Née en 1815 et élevée par sa mère passionnée de mathématiques, Ada suit un enseignement approfondi en sciences. Ensuite, ce sont ses rencontres avec différentes têtes dont celle de Charles Babbage (mathématicien et professeur) qui viennent confirmer son attrait pour les mathématiques.

Machine à différence

En effet, la machine à différences de Babbage fascine Ada qui développe une passion pour cette machine. Puis, leur correspondance permet à Ada de prendre connaissance des projets de Babbage. Elle assiste au développement de la machine à différence et découvre le projet de création de la machine analytique.

Ce n’est qu’en 1839 qu’Ada reprend ses études avec un nouveau tuteur, Auguste De Morgan. Peu de temps après, elle se voit proposer la traduction d’un célèbre article du mathématicien Federico Luigi. Article portant sur la fameuse machine analytique de Charles Babbage.

Il propose alors à Ada d’y ajouter ses propres notes en 1843. L’article se voit transformé grâce aux sept notes ajoutées par Ada (A à G), triplant le volume initial de l’article.

G, une bonne note

Note G d’Ada Lovelace

Parmi elles, la note G présente le premier algorithme pouvant être exécuté par une machine. Il permet le calcul des nombres de Bernoulli (suite de nombres complexes se calculant par récurrence).

Ce programme, par sa complexité, est décrit comme l’un des premiers de l’histoire. D’ailleurs, les croquis imaginés par nos deux protagonistes ont été utilisés dans la conception des premiers ordinateurs.

Malheureusement, Ada et son mentor Babbage ne le verront jamais de leur vivant.

2/ D’où vient le surnom “The Mother of Cobol” ?

Grace Hopper (1906 – 1992)

On ne pouvait pas vous parler de ces figures, ces femmes de l’informatique, sans vous raconter l’histoire de Grace Hopper (née Brewster Murray).

Grace Brewster Murray, vient au monde un 9 décembre 1906. Elle se passionne pour la physique et les mathématiques puis intègre Yale où on la nomme docteur en mathématiques en 1934.

Elle enseigne ensuite les mathématiques quelques années avant de s’engager dans la marine. En effet, en 1943, elle rejoint l’unité féminine WAVES (Women Accepted for Voluntary Emergency Service) et est directement promue lieutenant.

On l’affecte ensuite au Cruft Laboratory d’Harvard où elle rejoint le projet "Bureau of Ordnance Computation Project" chargé de développer le premier ordinateur numérique : le Harvard Mark I.

Grace fut l’une des rares personnes ayant l’opportunité de coder sur cette machine. Ses connaissances en informatique la poussent alors à rédiger un manuel de 500 pages reprenant les principes élémentaires du fonctionnement de la machine.

Développement pour l’UNIVAC 🖥

Quelque temps plus tard, en 1949, elle intègre l’EMCC (Eckert-Mauchly Computer Corporation) rachetée en 1950 par Remington Rand, en rejoignant l’équipe chargée du développement de l’UNIVAC I (le premier ordinateur commercial).

Grace Hopper et l’UNIVAC vers 1960

C’est en 1951 que Grace conçoit le premier compilateur (A-0 System). Il permet de définir un programme comme un assemblage de sous-programmes.

Elle se lance ensuite avec son équipe sur un nouveau développement pour l’UNIVAC. Ils travaillent et créent une série de langages dont le FLOW-MATIC, connu sous le nom de B-0 (Business language version 0), qui fut le premier langage de traitement de données de type anglais.

Création de l’organisation : CODASYL

C’est alors que Mary Hawes entre en jeu. Programmeuse pour la Burroughs Corporation, elle rêve d’un langage informatique qui serait plus simple à comprendre. Une équipe se rassemble alors autour de cette idée commune. Hopper propose ensuite de contacter le ministère de la Défense afin d’obtenir un financement (accordé en mai 1959).

C’est ainsi que le CODASYL (Conference on Data Systems Languages) fut créé. Pas moins de 41 personnes se réunirent au Pentagone pour travailler sur ce projet.

La première spécification de ce langage est créée en 1959, et reçoit le nom de COBOL.

Les projets tels que FLOW-MATIC (UNIVAC) ou le COMTRAN (IBM), inspirèrent grandement notre groupe à créer un langage proche de l’anglais.

En 1960, les programmes COBOL fonctionnaient déjà sur des machines différentes. C’est la première démonstration de ce type, montrant la portabilité d’un langage.

Hopper travaillera longtemps sur la normalisation de COBOL ainsi qu’à sa promotion. Le langage COBOL resta longtemps utilisé par les entreprises.

3/ Connaissez-vous cette femme aux multiples talents ? 🦸‍♀️

Hedy Lamarr (1914 – 2000)

Désignée comme étant la plus belle femme au monde, Hedy Lamarr (née Kiesler en 1915) a été actrice, productrice puis inventrice.

Célèbre actrice à la beauté sulfureuse, Hedy est très connue pour son rôle dans le film Extase de Gustav Machaty.

Mais ses talents ne se limitent pas au cinéma ou à sa beauté. Elle est également pleine de ressources.

Une première vie

Si elle fut mariée pas moins de 6 fois, c’est en 1933 avec son premier mari, Friedrich Mandl, qu’elle étoffe ses connaissances en armement.

Effectivement, son mari marchand d’armes autrichien était le principal fournisseur de poudre à canon du pays.

Elle fut alors entourée de discussions centrées sur les armes et les problématiques rencontrées par de grands noms de l’histoire (Mussolini, Hitler…).

Rencontre et recherches

Malheureusement, son mari se rapprochant des Nazis, Hedy souhaite s’en séparer. Quelque temps après, en 1937, elle met son plan à exécution et fuit son mari.

Pour ce faire, Hedy aurait drogué une domestique et se serait déguisée. Elle aurait voyagé à Paris puis à Londres avant de s’installer aux Etats-Unis.

Elle y rencontre à Hollywood, le pianiste George Antheil, antinazi lui aussi avec qui elle partage une passion commune : les inventions.

Lorsque l’actrice apprend qu’il est facile pour un ennemi de pirater et de détourner les torpilles contrôlées par des radios, elle va chercher un moyen d’y remédier.

C’est alors ensemble qu’ils vont imaginer un moyen de coder des transmissions plus sûres, par étalement de spectre.

Sa relation avec son premier mari, marchand d’armes lui a appris de nombreuses choses sur l’armement, de ce fait, elle en savait déjà beaucoup sur les torpilles.

Musique et technologie

George Antheil et Hedy Lamarr inventent alors un système permettant de guider des fusées grâce aux fréquences radio.

Avec les connaissances d’Hedy et les rouleaux perforés de George, ils réussissent à synchroniser un pianola (piano mécanique) avec les fréquences hertziennes.

Un piano mécanique

L’idée est d’envoyer le signal sur plusieurs bandes de fréquences. Le principe, appelé “étalement de spectre par saut de fréquence” permet d’émettre l’information sur 88 fréquences (le nombre de touches sur un piano) aléatoirement. Seul le récepteur est alors capable de reconstituer le signal initial.

Ce système permet de brouiller les messages envoyés, potentiellement interceptés par les Nazis.
Ils déposent alors le brevet au Bureau des brevets des Etats-Unis le 10 juin 1941, enregistré le 11 août 1942.

Page du brevet déposé par Hedy Lamarr et George Antheil le 10 juin 1941.

Utilisation finale

Malheureusement, ils ne sont pas réellement pris au sérieux et ce n’est que 20 ans plus tard (lors de la crise cubaine en 1962) qu’une nouvelle version de leur technologie sera utilisée.

Vous connaissez forcément des systèmes similaires, à base d’étalement de spectre. Ils sont utilisés chaque jour via la Wi-fi, le Bluetooth, le GPS, ou la 3G.

Hedy adorait les inventions, c’était quelque chose d’innée chez elle et elle ne cessera jamais de continuer à créer.

Comment parler d’Hedy Lamarr sans citer l’une de ses plus célèbres phrases ?
« Any girl can be glamorous, all you have to do is stand still and look stupid. »
Hedy Lamarr